jeudi 14 février 2008

Réalisme et naturalisme



Adapté de l’Anthologie de la littérature d’expression française, tome 2, de Céline Therrien, éd. CEC.

Caractéristiques du mouvement réaliste :

Le courant réaliste apparaît en littérature au XIX e siècle, en réaction aux valeurs et manières de pensée de la société capitaliste.

Cette littérature illustre les luttes de pouvoir entre les classes sociales en présence, soit les bourgeois d’une part, et les ouvriers d’autre part.

Pour les bourgeois, l’argent est une source de prestige, bien plus que la sagesse, l’intégrité, ou autre chose.

Le bourgeois a l’impression que si chacune de ses décisions lui est bénéfique, elle ne peut être que bénéfique aussi pour le reste de la société. Ainsi, les valeurs que les bourgeois imposent à la société sont, entre autres :

- la réussite personnelle
- l’esprit de compétition, l’ambition
- le respect de la propriété privée avant tout
- en somme, c’est un retour à l’idéal des Lumières, qui valorise l’effort de l’homme, son travail et son mérite personnel
- l’homme est renvoyé à lui-même : on n’est plus obligé d’être bien né pour avancer socialement

La famille bourgeoise devient le modèle de référence pour toute la société. Pourtant, ses agissements ne sont pas sans impacts négatifs :

- Naissance du personnage de l’arriviste : tel qu’illustré par Balzac, l’arriviste est celui qui est prêt à tout pour réussir
- La marge de profit à augmenter devient la seule préoccupation de bien des patrons
- La classe ouvrière travaille dans des conditions inhumaines à cause de la logique de la concurrence
- Les conditions de vie des ouvriers sont terribles

Par réaction aux injustices, ces ouvriers fonderont les premiers syndicats à partir des années 1830. Flaubert écrira au sujet de ces années de conflits populaires : “ une moitié de la population veut étrangler l’autre, qui porte le même intérêt”.

- les manifestations sont toujours brutales et finissent parfois en bains de sang
- à partir de 1848, la publication du Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et sa traduction en français engendrera une radicalisation de certains groupes qui revandiqueront une dictature du prolétariat et la propriété collective de tous les biens
- la propagation de petits journaux d’opinion répandra les paroles des différents partis.

La littérature est le reflet de cette situation politique difficile par la voix du réalisme, et, plus tard dans le siècle, par la voix du naturalisme.

La littérature trouvera son inspiration non seulement dans les troubles politiques qui secouent la France, mais aussi dans l’évolution de la science de cette époque.
Le XIX e siècle en est un de découvertes, de progrès, d’industrialisation.

Quelques exemples :

1863 : premier métro (à Londres)
1876 : invention du téléphone par Alexander Graham Bell
1882 : première centrale électrique mise au point par Thomas Edison (ampoule : 1878)
1885 : invention du cinéma par les frères Lumière
1887 : invention du disque et du gramophone aux États-Unis
1893 : Henry Ford construit sa première voiture

C’est aussi un siècle de publications scientifiques, notamment des travaux de Darwin (sur l’évolution des espèces), de Mendeleïev (le tableau périodique des éléments), de Pierre et Marie Curie (vers l’énergie atomique), de Louis Pasteur (vaccin contre la rage, 1885), etc.

L’impact de ces progrès sur la vie et la manière de penser des gens est immédiat, et la foi en le progrès semble inébranlable.


Le réalisme naîtra entre autres sous les plumes d’Honoré de Balzac, de Guy de Maupassant, de Gustave Flaubert et de Stendhal. Émile Zola se qualifiera quant à lui de naturaliste s’en inspirera pour avancer ses propres théories sur l’écriture.

Le réalisme est un courant littéraire qui croit grandement en sa valeur didactique et en son objectivité. Le modèle narratif des réalistes se veut donc simple et efficace :

- L’intrigue vise un effet de réel, de vraisemblable, de possible

La première obligation de l’écrivain réaliste est celle de la rigueur de l’observation et de la description :
Les personnages sont parfaitement circonscrits, clairement définis
Les lieux sont décrits avec minutie, planifiés
L’intrigue se situe dans un cadre actuel, le propos est ancré dans une réalité politique, sociale, économique (présence de dates, de noms de lieux)
Jamais aucune intervention surnaturelle, jamais trop de coïncidences

- Le récit est organisé de manière logique et cohérente

Les événements se suivent de manière logique, dans un ordre chronologique
Le narrateur est toujours extérieur et omniscient : ce choix donne l’illusion que l’histoire se déroule d’elle-même, comme un film
Le style doit être le plus transparent possible : c’est l’âge de gloire du roman

- Intérêt pour tous les sujets, même les plus banals

On aura accusé les réalistes de ne montrer que le côté noir de la réalité
Leur intérêt va souvent pour les personnages modestes, ordinaires, sans envergure
On présente un monde près de la réalité, et non un idéal ou un rêve

Le but du réalisme est de voir et faire voir, entre autres :

- les limites de la volonté
- la faillite de la science
- les dérapages de la société marchande

L’écriture réaliste est active, et même si elle n’est pas explicitement pamphlétaire, elle est didactique.
Les romanciers veulent tout montrer pour que le lecteur se fasse une opinion personnelle sur la réalité dans laquelle il baigne, sur l’idée de progrès, sur la nature humaine.
Car au-delà des questions sociales, la vraie question posée par ces écrivains est celle de la nature humaine – de l’âme humaine, de ses ambitions, des motivations parfois condamnables de l’être.


Le naturalisme est défini par Zola comme la formule de la science moderne appliquée à la littérature :
- Sur le plan littéraire, le romancier, à la manière d’un scientifique, conduira une expérience
- Le romancier invente une situation dont il sera l’observateur
- Il placera dans un milieu donné un personnage chargé d’une lourde hérédité
- Les comportements de ce personnage répondront à des lois scientifiques
- Zola croit en la subordination de la psychologie à la physiologie
- Les naturalistes croient au déterminisme du milieu naturel et social (les classes bourgeoises, non), d’où les longues descriptions étoffées du milieu en question.