dimanche 20 avril 2008

Dernier cahier de lecture

Questions sur La douleur de Marguerite Duras.

- Le temps de l'attente est un temps suspendu, hors de la réalité du monde, hors de sa temporalité. Prouvez cette affirmation en faisant référence à certains commentaires de la narratrice, ou à certains de ses états d'âme, présentés dans le texte. (en 20 ou 25 lignes)
- Le drame de la narratrice est-il présenté comme un drame personnel ou collectif? Répondez à partir de quelques exemples. ( 15 lignes)
- La narratrice croit-elle au retour de Robert L. ? Prouvez votre réponse. (10 lignes)
- Comment la narratrice ciritque-t-elle l'attitude du gouvernement français devant la réalité de la déportation ? (donnez deux exemples. 10 lignes)
- Le retour de Robert L. est-il une source de soulagement pour la narratrice? Répondez en 20 lignes au moins.

Existentialisme et absurde

De 1950 à 1980 : de la modernité à la postmodernité
Adapté de Michel Laurin, Anthologie.
Les années d’après-guerre sont fortement marquées par une littérature qui réagit aux catastrophes des années précédentes de différentes manières. En effet, les intellectuels tentent de trouver une façon de parler de l’homme et à l’homme, suite aux massacres et aux abominations commises par lui sur ses semblables entre 1939 et 1945, mais aussi dans un cadre moderne où la conception de la vie change radicalement. Dans les années 1950, la société évolue rapidement. Au plan politique, les États-Unis sont devenus, grâce à la guerre, le pays le plus puissant du monde. Son territoire n’a pas été détruit, alors que l’Europe voit ses plus grandes capitales réduites en miettes de béton. La reconstruction commence, et les alliances se tissent entre les pays d’Occident. Parallèlement, la guerre froide s’installe, opposant les pays communistes du Bloc de l’Est et de l’Asie à l’Occident capitaliste : la menace nucléaire est une réalité avec laquelle doivent composer les grands dirigeants du monde. Ailleurs, c’est l’Afrique qui fait parler d’elle : la montée des Indépendances semble inévitable, et les guerres contre les colonisateurs sont d’une rare violence. La France, à peine sortie de la Seconde Guerre mondiale, envoie ses troupes en Algérie, qu’elle tente de garder sous sa juridiction, alimentant les combats entre 1954 et 1962. La croyance naïve en la science, telle que pratiquée jusqu’à la moitié du vingtième siècle ne semble plus possible. 225 000 Japonais sont morts à Hiroshima, et la menace nucléaire est encore une réalité. Par contre, les années soixante sont emballantes pour l’homme qui explore la lune et rêve de mettre le pied sur les autres planètes. En 1969, Neil Armstrong pose le pied sur la lune : la conquête de l’univers est ouverte. Littérature d’après-guerre Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité (Nietzsche) La culture de masse américaine qui s’installe partout en Europe semble mettre de côté une composante fondamentale de l’homme, son angoisse existentielle, la détresse inhérente à la nature humaine. Les valeurs nouvelles – la consommation immédiate, la surabondance de loisirs, le culte de la beauté corporelle – poussent l’homme à se présenter comme parfait aux yeux de la société et à refouler ses faiblesses. Le héros américain est sur tous les écrans de cinéma ; l’Europe mâche du chewing-gum et porte des jeans. Les femmes prennent la pilule, et l’ère du peace and love peut commencer. Pourtant, la blessure a été importante, et la plaie de la Guerre est encore ouverte. En plus, les conflits armés sont encore une réalité – Corée, Indochine, Vietnam, Algérie, toutes ces guerres continuent à faire des milliers de victimes dans les années cinquante et soixante.

La littérature se fait le miroir de l’affrontement entre les incertitudes du présent et la raison, qui tombe dans un discrédit total. Ainsi, le thème dominant en littérature deviendra celui de l’absurde de la condition humaine. L’écrivain est alors résolument engagé et le produit de son écriture est une réflexion sur l’homme et la vie.

L’absurde
Quelque chose qui est absurde est dénué de sens : cette notion devient centrale dans la réflexion de plusieurs auteurs sur la vie humaine. En effet, avec l’athéisme qui se répand en Occident, l’homme est confronté à une question fondamentale : quel est le but de sa vie? Cette question commande une seule réponse : il n’y a aucun but fixé à priori à la vie de l’homme. En effet, tant que la religion catholique était répandue, la question pourquoi vivre trouvait la réponse suivante : racheter ses péchés, vivre le mieux possible selon les préceptes bibliques afin d’aller au Ciel. Mais dès que la réponse chrétienne est évacuée, il semble ne plus rien rester. L’absence de la religion chrétienne laisse aussi l’homme seul parce qu’elle le prive de repères absolus, comme celui du bien et du mal. En effet, dans la vie, rien ne semble immuable, certain : toutes les grandes idées sont changeantes, relatives à chacun et variables selon les périodes historiques ou les contextes sociaux et culturels. Cette solitude dont l’homme se rend compte après la guerre le laisse angoissé : seul, il doit cheminer dans une existence où il est privé de repères, et ce, en sachant qu’il ne peut espérer échapper à la mort d’aucune façon. Comment vivre, alors? Là est la question. Selon Camus, et Sartre, les deux grands théoriciens de l’absurde, la vie de chacun n’est bien souvent qu’une suite d’actions routinières, répétitives, qui se succèdent pour ne mener qu’à une seule fin : la mort de l’individu. Mais ce serait faire une erreur que de considérer Sartre ou Camus comme des cyniques ( individus méprisant les conventions sociales, l’ordre des bien-pensants généralement admis, boulversant la morale et souhaitant provoquer). Au contraire, en 1945, Sartre prononce une conférence intitulée L’existentialisme est un humanisme, qui sera retranscrite pour devenir un texte de la première importance, dans lequel il souhaite exposer sa vision des choses. Dans L’existentialisme est un humanisme, Sartre réfléchit sur l’homme et sur son angoissante solitude. Pour Sartre, il est évident que l’existence précède l’essence, c’est-à-dire que chaque homme commence par naître, pour, ensuite seulement, devenir tel qu’il se conçoit : “l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et […] se définit après” (p. 29). C’est là le premier principe de l’existentialisme, concevant l’homme comme un projet, un chantier, même, lui refusant le refuge ou le soulageant du poids de l’idée qu’il possède une nature humaine, une défiinition de base. Le second principe de l’existentialisme est que l’homme est responsable de ses actes, des choix qu’il fait, et ce, au regard de lui-même et des autres : en se choisissant, l’homme choisit aussi tous les hommes. Autrement dit, c’est l’humanité entière qui apparaît à Sartre comme un chantier en construction. “En effet, il n’est pas un de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être”. L’homme ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Selon Sartre, on devrait, chaque fois qu’on prend une décision, qu’on fait un choix, se demander : mais si tout le monde faisait de même? La morale de Sartre est une morale d’action et d’engagement, mais aussi un constat de conflit inévitable entre tous les hommes : "l'enfer, c'est les autres", écrira-t-il. L’angoisse de l’homme découle donc de cette responsabilité de choix qui lui incombe, et aussi du manque de repères pour le guider : en effet, il ne trouvera jamais rien qui lui garantira que son choix est le bon. L’homme est condamné à être libre, et cette liberté crée l’angoisse. Ni le bien ni le mal ne sont déterminés, prévus d’avance : ils sont à penser sans cesse par chaque homme pour tous les hommes. L’homme est ainsi délaissé, seul devant un avenir qui n’a rien de prédéterminé, qui n’est qu’un vide à construire. La contstruction de cet avenir se fait donc dans le choix de chaque homme et, pour Sartre, il n’y a rien de vrai que l’action. L’homme ne doit jamais s’abandonner au quiétisme, à la facilité, et se dire : “les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire”. C’est choisir l’hypocrisie, c’est choisir le mensonge. Au plan collectif, donc, il est fondamental pour l’homme de s’engager, par ses actes. Au plan individuel aussi, l’existence de l’homme se résume finalement à ses actions. Personne, selon Sartre, ne peut se dire : les circonstances ont été contre moi. Mes rêves ne se sont pas réalisés. “ Seule compte la réalité, les rêves, les attentes, les espoirs permettent seulement de définir un homme comme rêve déçu, comme espoirs avortés, comme attentes inutiles”. (p. 53) Contrairement à Zola, Sartre ne croit pas que le milieu ou l’hérédité font d’un homme ce qu’il est, mais seulement ses choix personnels. Aucune excuse n’est valable, aux yeux de Sartre, pour la lâcheté ou l’échec. Même quelqu’un qui serait malade, qui serait faible, deviendrait lâche s’il renonçait à vivre. Les prinicipaux thèmes de la littérature existentialiste sont donc l'engagement, le conflit avec les autres, la justice et la liberté qu'on tente d'acquérir.

« Serions-nous muets et cois comme des cailloux, notre passivité même serait une action » (Sartre)


Le théâtre de l’absurde

L’absurde au théâtre apparaît sous les plumes d’écrivains d’expression française, mais aussi d’origines étrangères : Samuel Beckett est Irlandais, et Eugène Ionesco est d’origine roumaine. Ces auteurs bouleverseront complètement le monde du théâtre en créant carrément un anti-théâtre, dans la mesure où tout réalisme sera évacué de leurs pièces aux personnages anti-classiques, déconstruits, baignant dans une atmosphère étrange où le temps ne passe pas comme il devrait, et échangeant des propos complètement creux.
Ces pièces, si elles sont déstabilisantes au premier abord, traduisent pourtant avec acuité l’aliénation de l’homme, qui résulte de sa présence au monde « sans raison, sans cause et sans nécessité » , selon les mots de Sartre. Les dramaturges de cet anti-théâtre mettent en lumière l’absurdité de la vie humaine, en la pointant du doigt. Ses conversations, ses raisonnements, ses comportements, tout est décomposé et ne reste en lumière que la solitude de l’homme, que son désespoir existentiel.

vendredi 4 avril 2008

Questions sur Beckett

Questions sur En attendant Godot

Sur l'acte 1 :

- Les personnages qui figurent dans la pièce ne sont pas des personnes réelles, ou en tout cas, ils incarnent, pour chacun, une caractéristique du genre humain. Laquelle? Décrivez chaque personnage afin de répondre à la question : quelle image des rapports humains voit-on dans cet acte? Répondez en 20 lignes au minimum.

- Le discours de Lucky est à peine compréhensible, mais il n'en reste pas moins qu'on peut en tirer quelques informations sur le progrès. Quelle vision du progrès Beckett sembe-t-il transmettre à travers les paroles de son personnage? (10 lignes)

Sur l'acte 2 :

- La pièce En attendant Godot est une critique de la foi, et de Dieu, qui semble avoir abandonné les hommes, et ces hommes trouvent des occupations pour passer le temps... Prouvez cette affirmation en une vingtaine de lignes à partir de votre lecture.
- Comment cette pièce illustre-t-elle l'idée que l'existence de l'homme est absurde, et angoissante? (donnez plusieurs exemples, répondez en 20 lignes)

mercredi 2 avril 2008

Surréalisme

La Seconde guerre mondiale (1939-1945)
Adapté de Michel Laurin, Anthologie.

La Seconde Guerre mondiale ébranle plus grandement les esprits encore que la Première. Cette fois, ce ne sont pas 18 millions de victimes, mais bien soixante qui y périront. Soldats, détenus des camps de concentration, civils tombés sous les bombes : les morts les plus atroces surviendront parmi les hommes… par la main de l’homme.Les horreurs de la guerre provoqueront chez les intellectuels une véritable coupure cognitive, c’est-à-dire une rupture dans la manière de penser. Le constat d’échec de la civilisation semble inévitable, la foi en Dieu est plus sérieusement ébranlée que jamais auparavant, et la question de l’engagement de l’intellectuel créateur, aritste ou écrivain, au sein de la société devient centrale. Une vague de suicides accompagne les dernières années de la guerre, ainsi que les ans qui la suivent. Le surréalisme
Apparu pendant la guerre et regroupant plusieurs anciens membres de Dada (mettant fin, en 1924, à l’existence de ce dernier mouvement), le surréalisme est une réponse plus claire aux grandes questions du siècle, parce qu’il s’accompagne d’une réflexion politique qui ne figurait pas parmi les préoccupations de Dada. De la révolte dadaïste, on passe à la révolution surréaliste sous l’égide d’André Breton, appelé au fil des ans le Pape du surréalisme.Le surréalisme est un courant de pensée qui touche à plusieurs sphères d’activité humaine, principalement les arts et les lettres. Comme Dada, il est un mouvement international qui répand ses idées par le biais de revues, d’expositions, de rencontres.Le but des surréalistes, suite aux deux grandes guerres, est de concevoir une nouvelle vision du monde : ils estiment que les cadres de pensée occidentaux gagneraient à être déconstruits, modifiés. En fait, les surréalistes proposent carrément l’adoption de nouvelles valeurs. Ils s’insurgent contre la raison et les vieux dogmes sociaux, et souhaitent permettre à chacun de s’en libérer pour accéder à une connaissance de soi telle, que son rapport au monde et aux autres en soit changé :« Transformer le monde selon Marx ; changer la vie selon Rimbaud », dira André Breton. En effet, les surréalistes seront nombreux à militer en faveur du communisme, et, parallèlement, ils définiront l’homme à la manière des symbolistes, c’est-à-dire en fonction de ce qui lui échappe : ce sera la double révolution surréaliste.
« Transformer le monde selon Marx »
La révolution bolchévique, qui en 1917 secouera la Russie, sonna le glas du régime tsariste (donc monarchique) et verra arriver au pouvoir les bolchéviks, représentants du peuple et des ouvriers qui, sous la gouverne de Lénine et de Trotsky, construisent l’ordre socialiste en Russie, nationalisant les banques, distribuant les terres aux paysans, les retirant des mains des grands propriétaires fonciers.Cette révolution incarne pour bien des surréalistes cette mutation tant attendue de l’Europe, et c’est dans l’espoir de le voir un jour arriver au pouvoir que nombre d’intellectuels adhèreront au Parti communiste français. Leur motivation principale est bien entendu l’idée que les classes sociales seront complètement abolies, et que l’homme sera entièrement libre au milieu de ses égaux après l’avènement du communisme. Il va de soi que cette vision utopique trouvera sa réfutation lorsque l’Occident ouvrira les yeux sur les massacres commis par Staline, ou sur la pauvreté terrible dans laquelle sombrera la Russie.En somme, l’idée qui gouverne les surréalistes est celle de libérer l’homme des contraintes sociales et politiques qui pèsent sur lui. La question de l’engagement des arts dans le domaine de la politique provoquera les débats les plus vifs au sein du mouvement surréaliste, et elle se posera en maintes occasions. En effet, certains membres du groupe s’engageront dans le PCF, d’autres feront partie de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale (notamment Paul Éluard, (lire Liberté) et Robert Desnos, « pour le simple plaisir d’emmerder Hitler », dira-t-il avant de se faire prendre et de mourir, prisonnier d’un camp de concentration). D’autres membres du groupe, comme Breton, fuiront pour l’Amérique ; d’autres encore, comme Dali, seront excommuniés par Breton pour dissidence. La question de l’engagement politique par le biais de la littérature ne trouvera donc pas une réponse chez les surréalistes.
« Changer la vie selon Rimbaud »
Influencés par les thèses freudiennes qui se propagent à travers l’Europe, les surréalistes se fixent pour but de libérer l’homme au plan individuel, par diverses méthodes qui ont toutes pour but de le faire accèder à son inconscient, à son véritable « je ».Cet inconscient que Freud a théorisé se manifeste à chaque homme de diverses manières, que ce soit par les rêves, les lapsus, les actes manqués, les pulsions. Les surréalistes puisent dans la théorie freudienne et créent à partir de cette dernière. Le but de leurs explorations est toujours de révéler l’homme tel qu’il est réellement, en-dehors des contraintes, des interdits que la vie lui impose. Ainsi, c’est par différentes explorations ludiques (cadavre exquis, écriture automatique), sensorielles (drogues, souvenir du monde des rêves), résultant d’une volonté de mise en pratique des théories de la psychanalyse.Ces jeux d’écriture permettront l’avènement d’une poésie plus éclatée que jamais, où trône le vers libre, et dans laquelle le lecteur trouve des images inattendues, surprenantes, originales. L’amour passionné et absolu représentera une autre manière pour l’homme d’accéder à qui il est véritablement, le poussant à affirmer ses désirs, à montrer sa véritable identité et à entreprendre une quête de soi, et de l’autre. La femme sera grandement idéalisée par les surréalistes, elle jouera souvent un rôle de salvatrice dans leurs poèmes.L’écriture surréaliste, même si elle est très originale dans son siècle, est l’héritière directe de courants qui l’ont précédée :Du romantisme, elle a gardé le goût pour le rêve, pour l’évasion, pour la poésie.Du symbolisme, les surréalistes récupèrent l’idée de suivre une quête vers un ailleurs, vers un idéal. Ils transforment aussi la théorie des correspondances en la poussant plus loin, cherchant à faire émerger un sens des associations de mots les plus inattendues.Le surréalisme se distingue du réalisme tout en adoptant, comme ce dernier, une méthode scientifique – la psychanalyse, le cas échéant – pour comprendre le monde, un monde au-delà ou en-deça du seul monde matériel, un monde caché et mystérieux auquel tous les hommes peuvent avoir accès.De la révolte de Dada, de son entreprise de déconstruction des acquis, de la normalité, de la tradition, le surréalisme a gardé l’attitude ludique dans l’écriture, et la spontanéité dans le geste, l’anticonformisme qui lui a permis de faire éclater bien des frontières.

Dada

Dada se développe entre 1916 ( Zurich, le Cabaret Voltaire) et 1924 (premier manifeste surréaliste), entre l’éclatement du cubisme et le début du surréalisme. Dada est d’abord une insurrection : « le début de dada est le début d’un dégoût », écrira Hugo Ball, un de ses membres fondateurs. Après les horreurs de la Première Guerre mondiale, Dada apparaît à travers plusieurs violents manifestes comme une attaque en règle contre la civilisation bourgeoise qui, pourrie, en perte de contrôle du progrès technique qu’elle a fait naître, a accouché des millions de morts que la Guerre a laissés dans son sillage. Dada se tournera dans deux directions, à la fois vers une attaque nihiliste et violente contre l’art, et l’autre vers le jeu, la mascarade, la bouffonnerie.
Francis Picabia écrira en 1920 ce manifeste cannibale de Dada :

"Vous êtes tous accusés, levez-vous! Levez-vous comme vous le feriez pour La Marseillaise ou pour le God Save the King!
Seul Dada ne sent pas : il n’est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs : rien.
Comme votre paradis : rien.
Comme vos idoles : rien.
Comme vos politiciens : rien.
Comme vos héros : rien.
Comme vos artistes : rien.
Comme vos religions : rien.
Sifflez, criez, cassez-moi la gueule, et après? Je vous dirai quand même que vous êtes des abrutis. Dans trois mois mes amis et moi nous vous vendrons nos tableaux pour quelques francs."

Dada juge les artistes comme étant le produit de la société bourgeoise et cela les place dans une position très délicate, puisque même s’ils affirment que l’Art n’existe pas, ils produiront néanmoins des oeuvres qui passeront à la postérité pour les nouvelles questions qu’elles posent, surtout lorsque Marcel Duchamp commence à faire ses ready-made, qui interrogent la conception de l’oeuvre d’art, du statut de l’artiste, de la place du musée dans le processus artistique. Il faut retenir de Dada les noms de Marcel Duchamp, de Max Ernst, Francis Picabia et Kurt Schwitters.