Dada se développe entre 1916 ( Zurich, le Cabaret Voltaire) et 1924 (premier manifeste surréaliste), entre l’éclatement du cubisme et le début du surréalisme. Dada est d’abord une insurrection : « le début de dada est le début d’un dégoût », écrira Hugo Ball, un de ses membres fondateurs. Après les horreurs de la Première Guerre mondiale, Dada apparaît à travers plusieurs violents manifestes comme une attaque en règle contre la civilisation bourgeoise qui, pourrie, en perte de contrôle du progrès technique qu’elle a fait naître, a accouché des millions de morts que la Guerre a laissés dans son sillage. Dada se tournera dans deux directions, à la fois vers une attaque nihiliste et violente contre l’art, et l’autre vers le jeu, la mascarade, la bouffonnerie.
Francis Picabia écrira en 1920 ce manifeste cannibale de Dada :
"Vous êtes tous accusés, levez-vous! Levez-vous comme vous le feriez pour La Marseillaise ou pour le God Save the King!
Seul Dada ne sent pas : il n’est rien, rien, rien.
Il est comme vos espoirs : rien.
Comme votre paradis : rien.
Comme vos idoles : rien.
Comme vos politiciens : rien.
Comme vos héros : rien.
Comme vos artistes : rien.
Comme vos religions : rien.
Sifflez, criez, cassez-moi la gueule, et après? Je vous dirai quand même que vous êtes des abrutis. Dans trois mois mes amis et moi nous vous vendrons nos tableaux pour quelques francs."
Dada juge les artistes comme étant le produit de la société bourgeoise et cela les place dans une position très délicate, puisque même s’ils affirment que l’Art n’existe pas, ils produiront néanmoins des oeuvres qui passeront à la postérité pour les nouvelles questions qu’elles posent, surtout lorsque Marcel Duchamp commence à faire ses ready-made, qui interrogent la conception de l’oeuvre d’art, du statut de l’artiste, de la place du musée dans le processus artistique. Il faut retenir de Dada les noms de Marcel Duchamp, de Max Ernst, Francis Picabia et Kurt Schwitters.